LA CUVETTE DE MARCEL DUCHAMP ( texte publié par Nicole ESTEROLLE )
UNE CHIOTTE COMME MONUMENT NATIONAL
Marcel Duchamp : Le pouvoir et les symboles, la promotion du « gout de chiotte »- Un texte de Patrick Burandelo.
" la seule chose qui compte avec Duchamp c'est qu' une chiotte a été un monument national
d' une génération "
-Patrick Burandelo.
Le pouvoir, à toute époque, ne promeut pas sans intention une forme d'art. L'art d'Etat n'est pas neutre. L'urinoir de Marcel Duchamp est mis en avant à Beaubourg, au centre Pompidou. Il s'agit bien d'une mise en avant. Si on regarde attentivement l'histoire, chaque époque choisit les référents qui l'arrange dans la multitude des talents : Freud plutôt que Yung ; Sartre plutôt que Aron par exemple dans les insouciantes trente glorieuses. On peut dire sur le plan psychosocial que la pensée est congruente à la situation. Il y a une correspondance intime entre les auteurs prisés et l'époque.
L’urinoir de Duchamp est donc emblématique de la part réservée à l'humanisme dans la pensée dominante actuelle. Après je « pense donc je suis », il y a : « c'est beau parce que je trouve que c'est beau. » Autrefois, l'art était certes au service des princes et de l'Eglise, mais il procurait aussi une éducation du gout et un bel environnement, on pense notamment aux cathédrales.
On n'attrapait pas les mouches avec du vinaigre ! L'officialisation muséale d'un urinoir, dénote d'un art que Orwell n'aurait pas renié pour 1984, il s'agit bien de la promotion du « gout de chiotte », celle-ci est congruente avec l'économie de marché agressive actuelle. On fait le goût du public par la répétition et l’exposition prolongée, c’est bien connu dans le commerce, il s'agit de former non des citoyens, mais des consommateurs.
Aussi avec la « fontaine » de Duchamp en bonne place au musée, le produit manufacturé, le design et, par extension, la publicité, prennent symboliquement toute la place de l'art. Le ready-made qui occupe tout le territoire du hand-made et en effet, tout se passe comme si la marque était devenue le seul vecteur d'identité et d'identification sociale. Cela d’autant plus que dans le même temps, l’art abstrait ou conceptuel, n'est pas à même par nature de fournir ces même codes communs d'identité et d'identification sociale, codes qu’au fonds toute société requiert, quitte à s'y opposer comportementalement pour certains (culture et contre-culture). Prendre conscience de l'art officiel de son temps c'est aussi prendre conscience de soi, c’est introspectif.
Patrick Burandelo
COMMENTAIRE
Toute justification cultivée peut être pertinente dans ce qu'elle expose ( les impréssionistes etc .. ) mais fondamentalement est elle adéquate au sujet d'une "chiotte" dans un musée ? Il n'en reste pas moins que Nicole a raison , cette "chiotte" fut un monument national a partir de 1986 du fait de sa presence à beaubourg .Ce propos tenu dans ces années aurait été qualifié de facho, beauf, inculte etc .... et surtout "populiste" par confusion entre réaction simple et fachisme ,ce qui est trés méprisant pour les "prolos" en derniere analyse. il s'agit au fond d'un amalgame péjoratif entre les notions de populaire, dans tous les sens du terme y compris sociologique, et de populiste qui est une notion politique . C'est comme cela que le logiciel de gauche non marxiste dite socialiste - ou maintenant " sociétale" - a été fabriquée et a effacé le logiciel marxiste en le remplaçant tout simplement .De plus le beau a été associé aux horreurs de la dernière guerre , certes de façon pertinente. Cependant la question du beau excéde celle de la propagande des dictatures. Ainsi par contraste et inversion de valeur pure et simple en miroir, l'art conceptuel est ainsi apparu comme la solution à la barbarie . On peut creuser le sujet de la gauche " fabriquée ' avec le triangle de karpman qui fournit un outil pénétrant d'analyse pour ce sujet ...
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